Discours de Julien Bayou – Conseil fédéral d’EELV – 2 et 3 octobre 2021
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Cher-es ami-es,

A la sortie de notre primaire, unanimement saluée comme un bel exercice démocratique, il nous faut tirer le bilan du chemin parcouru et déjà nous mettre en route pour la suite. Percée, enracinement, consolidation.

D’abord la percée aux élections européennes où nous avons réuni deux fois plus de voix que les listes de gauche et devant la droite.

Puis l’enracinement de notre mouvement politique aux élections municipales qui ont permis la conquête de nombreuses villes. C’est Poitiers, Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Annecy et même Pointe-à-Pitre.

Enfin la consolidation de notre mouvement avec les élections régionales et départementales où nous avons doublé le nombre de nos élu·es.

Et cette primaire ! Une percée électorale, un enracinement municipal et une consolidation territoriale, c’étaient les objectifs fixés au dernier congrès. Je suis heureux de vous annoncer que jusque-là, le plan se déroule sans accroc.
Maintenant, notre responsabilité, c’est de prendre appui sur cette progression pour la présidentielle, puisque c’est encore la reine des batailles. C’est faisable, j’y reviens mais déjà sachez que cette campagne changera profondément le paysage politique français et les rapports de forces au sein de la gauche.

Notre primaire est déjà une première étape réussie.
Elle a été à la hauteur de nos espoirs. D’abord en réunissant plus de 120.000 participants alors qu’on nous en promettait entre au mieux 30.000 et du sang sur les murs.
Rendez-vous compte que les LR font leur désignation avec moins de voix que nous…

Il n’y a pas que le nombre : en donnant à nos débats une visibilité jamais atteinte avec plusieurs millions de téléspectateurs.

La qualité, le sérieux et le respect de ces débats ont d’ailleurs été relevés par tous les commentateurs et cette nouvelle image nous porte collectivement. Une primaire, c’est évidemment un gros pari, c’est exigeant, mais cela fait du bien aussi, un vrai moment de politique et d’éducation populaire.

“Ah tiens, on peut faire de la politique et débattre sans se taper dessus ?”
“Ah tiens, c’est vrai que si on réduit notre facture d’énergie on est aussi moins dépendants des monarchies pétrolières ?”
Et soudain le lien entre climat et indépendance stratégique se fait.

Nous l’avions dit, nous l’avons fait et on a fait comme on a dit. Chez les verts c’est clair et c’est carré, vous avez noté que les regards portés sur les écologistes commencent à changer. Continuons !

À ce moment je tiens à remercier plusieurs personnes.
MERCI à tout le bureau et l’équipe salariée. À nos deux Secrétaire nationaux adjoints Jérémie Iordanoff et Sandra Regol. Helene Hardy aux relations politiques. François Thiollet pour la rédaction du socle et programme partagé. Et bien-sûr je tiens à les remercier, chacun des candidat·es a su apporter sa pierre à l’écologie politique.

Eric Piolle pour sa solidité et sa proposition d’ISF climatique reprise par Yannick, et puis on l’a vu, peut compter sur lui. Merci Eric.

Delphine Batho pour son sérieux et sa courageuse position sur la décroissance que nous appelons antiproductivisme et ce n’est plus un gros mot et c’est aussi un acquis du débat.

Sandrine Rousseau, évidemment, qui a su, avec talent et énergie, aller chercher des forces vives en dehors de nos cercles militants. J’appelais à ça lors de nos journées d’été : “revisiter la charte d’Amiens”, c’est à dire trouver le moyen d’associer celles et ceux qui jusqu’ici faisaient de la politique tout en s’en tenant éloignés. Sandrine à su le faire, je l’en remercie et il nous revient aujourd’hui de poursuivre ce travail d’élargissement dans la campagne.

Évidemment, personne n’est propriétaire de ses voix, personne ; ni de ces discours, ni de ce projet, puisque nous l’avons en partage. La décroissance, l’écoféminisme, l’humanisme et la volonté de rendre l’écologie majoritaire c’est pas des concepts inventés pile pour la primaire, ce sont nos convictions depuis toujours, c’est le fruit d’un long parcours, fruit de nos luttes, tissé de nos expériences, et cette histoire nous la poursuivons à travers primaire et demain à travers la présidentielle

Le succès de notre primaire, à l’heure où tous les partis politiques abandonnent ce processus pour revenir à des “combinatione” d’appareil, est une leçon de démocratie pour toute la classe politique française.

Nous n’avons pas et nous n’aurons jamais peur de la démocratie, c’est notre honneur mais c’est surtout notre identité. Et puis le vainqueur! Yannick Jadot.

Je tiens ici à saluer et à féliciter, une fois encore, le vainqueur Yannick Jadot.

Yannick est notre candidat et nous sommes heureux et fiers qu’il porte nos couleurs. Je sais qu’il le fera avec passion, talent et nous serons, tout au long de cette campagne, à ses côtés pour l’aider et le soutenir. La campagne a déjà démarré, nous sommes avec lui et nous construirons la suite ensemble avec le mouvement.

Je dis à celles et ceux qui se laisseraient tenter par les sirènes de la division, que le temps où les écologistes jouaient contre leur camp est derrière nous. Les attentes sont grandes, le besoin de changement est urgent et nous devons nous montrer à la hauteur de ce rendez-vous historique. Le temps de la conquête du pouvoir est venu et la maladie infantile de la division n’a plus sa place dans nos rangs. C’est ensemble que nous pouvons gagner. Et la victoire est aujourd’hui à portée de vote !

Pour cela, il nous faut dans les mois qui viennent endosser pleinement notre rôle de locomotive. On nous dit arrogants mais je crains tout l’inverse, que nous nous cachions derrière petit doigt, que nous n’assumions pas notre place, notre rôle, notre force, notre responsabilité. Désormais nous sommes force propulsive, force de traction ; une locomotive, donc.

Une locomotive c’est bien mais l’intérêt d’une locomotive c’est surtout de tirer tous les wagons. Pour nous être la locomotive de la gauche, des écologistes et des humanistes cela veut dire tirer tout le monde jusqu’à la victoire.

A la vérité c’est très simple. Il y a plusieurs projets ? Alors plusieurs candidatures. Un projet socialiste, un projet communiste et même un projet La remontada ? Porque no? Eso es la democracia. En revanche, si une convergence est possible, alors nous assumerons la responsabilité du rassemblement. Derrière l’écologie, derrière notre candidature, derrière Yannick.

Impôt de solidarité sur la fortune, plan pour la jeunesse, milliard contre les violences faites aux femmes, reindustrialisation verte, etc. Voilà les bases d’un projet commun. C’est le projet écologiste. Mais vous me direz, les socialistes , les communistes, tous se piquent d’écologie. Puisque tous les autres partis se repeignent en vert , je les invite à prolonger le raisonnement, aller au bout de la logique : pour faire de l’écologie soutenez les écologistes.

L’écologie peut rassembler car au fond c’est l’avenir et le présent : satisfaire les besoins des plus vulnérables aujourd’hui sans compromettre la capacité des générations futures à faire de même. Loger, nourrir, chauffer tout le monde tout de suite et permettre aux générations futures de choisir leur avenir ;

Solidarité et responsabilité. Pouvoir de vivre et sauvegarde du vivant.

Et je sais que cela parle à l’ensemble des forces humanistes, progressistes, féministes, démocrates et de gauche.
C’est dans cet état d’esprit que nous voulons que notre candidat soit largement en tête pour rassembler toute la gauche à l’élection présidentielle.
C’était le cas aux élections européennes,
C’était le cas dans de nombreuses villes aux municipales mais aussi aux élections régionales quand nous étions face à un sortant de droite.

Un grand pouvoir implique une grande responsabilité. Nous serons les premiers et les premières pour faire gagner tout le monde dans une grande campagne menée collectivement et je sais combien cela tient à cœur à Yannick. Voilà notre état d’esprit, voilà notre ambition, gagner la présidentielle.

Il y a urgence pour le pays, carrefour des crises : environnementale, sociale, économique et même démocratique. Le gouvernement a échoué ou plutôt renoncé à améliorer le quotidien des Françaises et des Français, et abandonné la lutte contre le dérèglement climatique.

Liberté, Égalité, Fraternité. C’est à l’aune de notre belle devise qu’on peut tirer le bilan du mandat.

Libérté ? Les libertés reculent, individuelles comme publiques, y compris les libertés de conscience ou celles la presse.

L’Égalité ? L’égalité régresse quand on baisse les aides au logement pour financer les cadeaux aux plus riches, quand on met en oeuvre cette injuste et inefficace réforme de l’assurance chômage qui va précipiter des milliers de familles dans la précarité alors que pendant ce temps là des profiteurs de la crise augmentent leur fortune. Toujours et encore, 37 des 50 familles les plus aisées du pays sont en partie domiciliées au Luxembourg et ce n’est pas pour les paysages.

La Fraternité ? La fraternité disparaît quand on tolère autant de pauvres à l’aide alimentaire ou de personnes à la rue, et qu’on met des coups de couteau dans les tentes des migrants pour les chasser un peu plus loin. Voila le bilan de celui qui abime le pays et l’idéal républicain.

Heureusement l’écologie est affaire d’espoir.

Jeudi, pour le premier déplacement de campagne de Yannick Jadot, candidat des écologistes. Nous étions à Ferropem aux côtés de ces salariés suspendus à la reprise, pour interpeller le gouvernement. Quel accueil de la part de ces salariés et ouvriers ! Ferropem en Savoie est une usine rentable que son propriétaire a néanmoins décidé de fermer.

Ferropem est une usine qui produit du silicium, l’élément principal utilisé pour la fabrication de cellules solaires photovoltaïques et des panneaux photovoltaïques ; son propriétaire Ferroglobe ne veut pas abandonner la production, il veut la délocaliser : au Xinjiang là où Les Ouighours sont victimes de travail forcé et de génocide ; Ferropem est une usine centenaire qui fait vivre 327 familles sur un territoire déjà en difficulté. Emplois, social, industrialisation verte, transition écologique, solidarité internationale. C’est un déplacement condensé de campagne.

Nous étions aux côtés de ces salariés, ces salariés à la merci d’un capitalisme qui délocalise pour mieux polluer ; et dépendant du bon vouloir d’un état qui a cessé depuis longtemps d’être stratège ; quoiqu’il en coûte pour les entreprises, mais dur avec les chômeurs, mesquin avec les salariés en difficultés ;

Nous y étions avec Yannick et comme à Chapelle d’Arblay à Rouen, comme à Grandpuits en Seine et Marne. Nous avons vu ces ouvriers et salarié·es en quête de sens, fier de leurs travail, rejeter les délocalisations et plans sociaux qui jettent des familles à la rue et abîment des territoires ;

Et quand on a entendu « Vous savez on veut rouvrir ces usines pour nos familles mais c’est aussi la condition pour appliquer la loi climat », je peux vous dire que quand on entend ça on sait qu’on est dans le juste. Oui l’écologie est sociale, oui l’écologie est populaire, oui l’écologie répond aux besoins du pays. Les autres forces ont échoué. L’idéal républicain est en panne. La république écologiste a pour ambition de le parachever. L’enjeu ? L’universalité, la vraie.

Mes ami·es je vous invite à refuser les leçons en la matière. A d’autant plus forte raison quand ces critiques viennent de personnes qui ont gouverné et failli ou renoncé.

Si on pratique un universalisme rétréci, on ne voit pas la réalité du monde. Si on veut concrètement améliorer l’ordre des choses, on ne peut pas ne pas voir que des hommes noirs sont plus souvent arrêtés par la police que des blancs. Ou que ce sont les femmes qui sont les plus contraintes au travail partiel subi, et parmi les femmes, celles issues des milieux les plus modestes.

Ceux qui se disent universalistes sans intégrer la réalité trahissent ainsi leur cause. Manuel Valls, en tant que ministre de l’Intérieur, a fait appel de la condamnation de l’Etat pour contrôles au faciès. La justice avait tranché. Et plutôt que de dire « oui, tous les policiers ne sont pas racistes, mais il y a effectivement des contrôles au faciès », ce que tout le monde sait, plutôt que de s’attaquer à ce problème flagrant d’inégalité, il a préféré gagner du temps.

Il peut clamer son universalisme de papier dans les médias, son mandat n’a rien servi en la matière. La république écologiste c’est évidemment l’affirmation de l’universalisme, puisque c’est notre maison à toutes et tous qui brûle ; sur cette terre nous devons faire face à une menace commune qui ne connaît pas de frontière, le dérèglement climatique et l’effondrement du vivant. Et bien la république écologiste ne supporte pas non plus de frontière au mot égalité.

Refusons les leçons ! Il est où l’universalisme, quand la loi de 2005 qui affirme l’obligation de solidarité de l’ensemble de la société à l’égard des personnes handicapées est bafouée tous les jours ? C’est l’absence d’accessibilité dans les transports, les discriminations à l’embauche, les allocations sous le seuil de pauvreté ou la conjugalisation des allocations qui rend en particulier les femmes toujours plus dépendantes.

Le gouvernement s’est opposé à ce que la situation avance. Au pouvoir, nous ne tergiversons pas sur l’égalité, le renforcement de la loi de 2005, la hausse des Allocation aux adultes handicapés et leur déconjugalisation.

Il est où l’universalisme, quand nous allons fêter les 50 ans du principe à travail égal – salaire égal avec toujours un écart béant entre les salaires des femmes et des hommes, écart qui rejaillit sur les retraites ? Imaginons, 50 ans ! Au rythme des dernières années, une étude nous dit qu’il faudra un millénaire. Au pouvoir nous ne tergiversons pas sur l’égalité, et les entreprises qui ne pourront justifier les écarts de salaires seront privées d’aides et de marchés publics. Et je sais que ce sujet sera ardemment défendu au Sénat, par notre nouvelle sénatrice des Françaises et Français de l’étranger : Mélanie Vogel. Bravo à toi et merci !

Il est où l’universalisme quand on laisse autorisé le chlordécone aux Antilles, pour le profit de quelques uns, avec pour bilan des records de cancers de la prostate et des sols pollués pour 700 ans ? Lors d’un déplacement en Guyane, territoire sous doté en service public, le Président est allé jusqu’à Maripasoula une commune grande comme l’ile de France. Les habitant·es lui demandaient l’accès aux services publics de base : lycées, routes, hôpitaux. Sa réponse : « Je ne suis pas le père Noël ». Le mépris pour l’outre mer, c’est ça l’universalisme ?

Car pendant ce temps là évidemment le gouvernement s’entête sur la montagne d’or, cette mégamine qui met à risque la santé des habitant-es et la biodiversité. Je souhaite ici saluer la mobilisation de France Nature Environnement et Guyane Écologie, qui a obtenu en justice la fermeture de l’usine de cyanuration sur le site de Dieu-Merci, utilisée par la société Auplata.

Refusons la normalisation de l’inacceptable en Outre mer. Refusons la vie chère et les inégalités d’accès aux services publics. On nous promet L’égalité des chances, l’égalité bientôt, l’égalité ceci, l’égalité cela.

La République écologiste c’est l’égalité, point.

L’écologie peut être le projet qui fédère le pays quand l’extrême droite tente de le disloquer. Pour mener ce projet à bien, nous devons proposer une bannière commune pour cette présidentielle et les législatives

L’enjeu c’est accueillir toutes les personnes qui veulent grossir les rangs de l’écologie. L’écologie appartient à tout le monde. Nous devons, en particulier, la rendre aux plus pauvres qui en ont été privés parce que la concentration des richesses entre quelques mains se double d’injustices environnementales qui accablent les plus fragiles.

Je m’en voudrais de reprendre ici le slogan de McDonald “venez comme vous êtes”. Je préfère celui de l’après M : restaurant Mcdo à Marseille Réquisitionné lors du premier confinement par d’anciens salariés avec le soutien des riverains et de nombreuses associations, transformé en restaurant solidaire et d’insertion professionnelle. Leur slogan ? “Comme vous êtes, venez”

Voila ce que nous devons dire à à toutes celles et ceux qui veulent que le système change pour que leurs vies s’améliorent.
Comme vous êtes écolos, venez
Comme vous êtes solidaires, venez
Comme vous êtes féministes, venez
Comme vous êtes antiracistes, venez
Comme vous êtes humanistes, venez

Nous devons accueillir toutes les personnes qui veulent grossir les rangs de l’écologie. Cette bannière commune, ce nouveau mouvement, nous pouvons le construire à l’occasion de la campagne présidentielle, dans les tous prochains mois ;

Un nouveau mouvement qui sera le cœur d’une coalition majoritaire pour gouverner la France. Voilà le défi que nous devons relever ensemble.

Mes ami·es, l’enjeu est immense, certains penseront peut-être qu’il nous dépasse. Et de fait, oui effectivement nous portons une idée plus grande que nous, plus grande que nos vies, l’écologie. Mais ne perdez pas de vue tout ce que nous avons déjà accompli ensemble. Nous avons déjà tant fait. Rien rien ne peut nous sembler désormais impossible. Nous venons de trop loin pour nous arrêter en si bon chemin.

Ce que nous nous apprêtons à accomplir pour l’élection présidentielle et pour les élections législatives peut changer le cours de l’histoire. C’est la décennie critique pour le climat et c’est maintenant qu’il faut agir.

Allons y pour gagner. N’ayons peur de rien. Demain nous devons gagner. Demain nous pouvons gagner. C’est tout ce que je vous demande : allons-y pour gagner !

C’est reparti, en avant les écolos, en campagne !

Julien Bayou, Secrétaire national d’EELV
Seul le prononcé fait foi