Tribune : Sortir (ou pas) des pesticides
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Tribune d’Alice Leiciagueçahar, ancienne Conseillère Régionale écologiste parue dans MédiaBask.

On a beaucoup parlé ces dernières années de la sortie des pesticides, mais où en est-on ?

En 2008, suite au Grenelle de l’Environnement, on initie un plan Ecophyto qui doit réduire leur usage de 50 % pour 2018. Echec, en 2011, la consommation a augmenté de 2,5 %.

En 2015, le plan Ecophyto II repousse l’échéance à -25 % en 2020 et -50 % en 2025.

Le 27 novembre 2017, M. Macron affirmait avoir demandé au Gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France au plus tard fin 2020, et en 2018, Ecophyto II+ intègrait un objectif de sortie du glyphosate.

C’était sans compter le lobby des industriels. La sortie des pesticides est enterrée et il est impossible d’avoir des données exactes d’évolution de la consommation, chacun avançant les pions qui confortent son raisonnement, mais le constat d’échec est évident. D’ailleurs, le logo Ecophyto affichait “réduire et améliorer l’utilisation des phytos”, et non en sortir.

Pour justifier l’utilisation de pesticides en agriculture, on nous répète que les pesticides seraient incontournables pour nourrir une population mondiale estimée à neuf milliards en 2050. Cependant ces mêmes pesticides stérilisent les sols, polluent la ressource en eau, détruisent des populations d’insectes dont les abeilles. Dans le même temps, l’industrialisation de l’agriculture, très gourmande en intrants de toutes sortes, met sur le marché des fruits et légumes sans respect des saisons et sans saveur aucune. La nécessité de rentabilité impose sans cesse des agrandissements avec toutes les conséquences qui en découlent, entre autres, abandon des parcelles les moins rentables et impossibilité de transmettre des fermes devenues trop chères et objets de spéculation.

Et pourtant les solutions existent, et elles sont créatrices d’emplois. Déjà en 2012 un rapport du Sénat (tous partis confondus) mettait en lumière la nécessité de réorienter l’agriculture : respect des principes de base de l’agronomie, diversification des cultures, maintien de la qualité des sols, agroforesterie, rotation des cultures, cultures bio, recours aux préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP)… Où en sommes-nous aujourd’hui ?

La première victime des pesticides est l’agriculteur lui-même. Il s’y trouve doublement confronté, par les risques qu’il prend et par la complexité du passage d’une agriculture “avec” à une agriculture “sans” produits chimiques. Et au lieu d’accuser les écologistes de dénigrer les agriculteurs, les pouvoirs publics devraient donner à ces derniers les moyens de leur transition. Il ne s’agit pas d’enlever aux agriculteurs un outil qui leur a permis jusqu’à présent de nous nourrir mais de leur donner les outils et les moyens de produire autrement tout en améliorant leurs conditions de vie.

Les conséquences de la chimie en agriculture coûtent très cher à l’Etat (santé publique, pollution des eaux…) et pourtant les aides à la bio diminuent (Etat, Pac). Les petites fermes ne sont pas aidées, alors même qu’elles pourraient être le fer de lance d’une agriculture plus saine et pourvoyeuse d’emplois. On préfère créer de nouveaux labels comme HVE (Haute valeur environnementale), vaste fumisterie qui permet aux agriculteurs de communiquer sans rien changer ou si peu dans leurs pratiques. Jusqu’à quand se moquera-t-on de nous ?

Nous devons aujourd’hui, dans l’intérêt de tous, regarder la réalité en face : il n’y a plus de place pour le modèle dominant qui ne fait que des victimes, qu’il s’agisse des agriculteurs qui se trouvent obligés de le pratiquer ou de ceux qui cherchent à s’en éloigner. Aidons-les tous à sortir de cette situation et à gagner leur vie de façon sereine dans ce très beau métier.