Ségur de la santé : désaccords historiques
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Après une première série d’annonces portant exclusivement sur la revalorisation des salaires, le gouvernement a présenté mardi les conclusions finales du Ségur de la Santé.

Cette période qui suit la pandémie singulière du covid-19 est un moment historique pour l’hôpital public. Après plusieurs années d’austérité, la santé est enfin reconnue comme essentielle. Le Ministre de la Santé avait toute latitude pour agir et mobiliser les moyens nécessaires pour palier deux décennies de réformes de privatisations successives. Seulement, ces mesures sont loin d’être suffisantes et de répondre aux enjeux du terrain.

Les 33 mesures de ces accords manquent d’ambition.

La réduction de la part de la tarification à l’activité va dans le bon sens. Mais après le covid-19, il faut repenser le mode de financement de l’hôpital tout entier. L’augmentation du nombre de lits de 4000 places est une mesure qui peut paraître attrayante. S’agit-il des mêmes 4000 lits qui ont été supprimé par ce même gouvernement il y a deux ans ? Le développement annoncé des téléconsultations est une bonne chose, mais il concède au lobby des télé-consulteurs l’affaiblissement du principe de connaissance préalable du patient. Enfin, l’augmentation du nombre de 15 000 soignants peut apparaître comme pertinente, elle est tout aussi insuffisante, surtout lorsque l’on sait que près d’un quart des offres d’emploi n’est pas pourvu aujourd’hui.

A la modestie de ces propositions se conjugue une communication gouvernementale qui les présente comme une avancée. Jamais un texte proposé par ce gouvernement n’aura été composé d’autant de mesures en trompe l’œil, comme cette enveloppe « d’investissements » de 19 milliards qui consiste, en ses deux tiers, à reprendre la dette des hôpitaux… dette elle-même constituée du fait du manque d’efforts budgétaires précédents et de l’austérité à laquelle ce même gouvernement a participé et contribué.

Nous constatons qu’à la carence économique et à la présentation fallacieuse s’ajoute un véritable manque d’ambition politique. Ce Ségur ne répond pas aux problématiques structurelles : la santé environnementale, le nécessaire désalignement du public sur le privé, le renforcement du rôle des collectivités sans avoir à y inclure des Agences Régionales de Santé exsangues. Il néglige également les difficultés particulières : les urgences, la santé mentale ou encore la santé au travail.

Notre système de sécurité sociale est notre bien le plus précieux. Il doit garantir à chacun.e les mêmes chances et les mêmes possibilités d’être pris.e en charge, cela au prix de nombreux efforts budgétaires et d’une hauteur de vue politique que le gouvernement actuel n’a pas. Ce Ségur est la marque d’un désaccord historique entre ceux qui ont compris les difficultés structurelles de l’hôpital et ceux qui ont fait du “healthwashing” un sport national.

Eva Sas et Alain Coulombel, porte-paroles
La commission Santé d’EELV