Discours de David Cormand au Conseil fédéral des 22 et 23 juin 2019
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« Les élections européennes ont livré leurs résultats. Je veux dire ici qu’ils dessinent un paysage politique où, s’il y a des raisons d’espérer, la lucidité commande de dire que des risques très importants pèsent sur notre pays et sur le continent européen dans son ensemble.
 
Les nationaux populistes sortent renforcés de ce scrutin en Europe. Notre continent est menacé par la xénophobie et l’illibéralisme. L’hypothèse d’un avenir barbare n’est plus à exclure. En France, le parti de Marine Le Pen arrive en tête. Combiné au faible score d’une droite dite républicaine qui avait pourtant choisi une tête de liste ultra conservatrice, la victoire du Rassemblement National ouvre un cycle politique ou la question de l’union des droites sera déterminante.
 
La possibilité de l’émergence d’un bloc politique rassemblant l’aile droite des républicains et le rassemblement national n’est plus à exclure.  Les amis de Marion Maréchal en rêvent et y travaillent sans relâche en tentant d’imposer leur agenda identitaire à l’ensemble du champ politique. Ils ont décidé de mener sans répit une guérilla intellectuelle politique et sociétale dont l’enjeu n’est ni plus ni moins l’hégémonie culturelle nécessaire à la construction d’une majorité électorale. 
 
Face à cette volonté de conquête, le macronisme ne constitue pas un rempart. Il est désormais avéré, que la politique menée par Emmanuel Macron accentue le risque populiste. D’abord parce que le choix de s’intéresser davantage aux premiers de cordée qu’à la France qui souffre accentue les tensions du pays et attise les colères au lieu d’y répondre. Ensuite parce la stratégie qui a consisté à siphonner les électeurs de droite, affaiblit la droite et la fait exploser, prenant le risque de la transformer en proie consentante pour les identitaires. Enfin et surtout parce qu’en menant une politique d’une orthodoxie libérale absolue, Emmanuel Macron rompt dans les faits avec sa promesse initiale d’une rupture avec l’ordre ancien. C’est l’idée même d’alternative qui sort blessée des premières années du mandat du pouvoir en place. 
 
Ils auraient pourtant pu répondre à la crise des gilets jaunes par un tournant social. Notre pays en a besoin. 
 
Ils auraient pourtant pu répondre au départ de Nicolas Hulot par un sursaut écologique. Notre planète en a besoin.
 
Là encore ils ont préféré le statu quo. 
 
Pire, la liste Renaissance, conduite par Nathalie Loiseau, a tenté de faire croire qu’il était possible de marier la carpe productiviste et le lapin écologiste. 
 
Je regrette profondément que des individus qui hier ont démontré des qualités réelles aient choisi de leur prêter main forte. Délivrer un brevet d’écologie au pouvoir en place c’est participer de la confusion politique qui mine notre démocratie. On ne peut pas d’un côté dénoncer les fake-news, et de l’autre encourager la fake politique. Notre démocratie meurt des simulacres et des faux-semblants.
 
Voilà que maintenant, pour justifier son errance stratégique et idéologique, Pascal Canfin nous trouve mille défauts.  Je veux lui dire ici sans esprit de polémique mais avec fermeté qu’il est libre de cautionner les politiques menées en France et en Europe mais qu’elles conduisent à la catastrophe. Nous avons besoin d’un sursaut écologique, qui demande de sortir de la logique du capitalisme prédateur.  
 
Les choses sont simples pour qui veut bien les comprendre.
 
Ce qui se joue à Bruxelles dans les discussions en cours, c’est l’ardente nécessité qu’une lucidité nouvelle vienne baigner les esprits, c’est la possibilité que l’envie de survivre décille les regards trop longtemps endormis, c’est l’espoir que nous renoncions collectivement à l’autodestruction pour embrasser enfin des politiques qui protègent l’avenir. Ce qui se joue c’est le fait de savoir si oui ou non il est temps de réorienter radicalement l’Europe pour sauver le climat.  
 
Aucun autre groupe représenté au parlement européen ne pose la question dans ces termes. Seuls les écologistes ont pris la mesure du changement qu’il faut conduire. Nous avons besoin d’une révolution politique. Le traité environnemental que nous avons défendu pendant la campagne demandait à soumettre l’ensemble des politiques menées à l’impératif écologique.  
 
Voilà le cap à suivre pour répondre aux enjeux de la période. Voilà notre réponse à la jeunesse du monde qui se dresse pour proclamer son droit à l’existence. Celles et ceux qui persistent à refuser d’entendre la voix de la génération climat portent sur le poids de leurs épaules une lourde responsabilité : ils ensevelissent le futur sous les cendres du présent. 
Par égoïsme, par lâcheté, par indifférence, peu importe, ils renoncent sans relâche, quand il faudrait agir sans repos.  
 
Alors oui nous discutons avec ces forces périmées. Parce que la politique est affaire de dialogue. Mais nous ne leur cédons rien parce que l’écologie demande un rapport de force.
 
Les eurodéputé-e-s que vous avez mandaté pour vous représenter au Parlement Européen ne sont pas là pour faire de la figuration, mais bel et bien pour inverser l’ordre des priorités en Europe.  Sur la PAC, sur les droits des femmes, sur l’accueil des migrants, sur les écocides, sur le green new deal, nous entendons nous battre pied à pied pour faire ce qui est en notre pouvoir. Nous ne prétendons pas agir seul-e-s. Vote après vote nous irons chercher les voix nécessaires pour faire basculer les majorités. 
 
Mais surtout c’est en dehors du parlement que nous chercherons les alliances civiques capable d’influencer les politiques menées. Je ne pêche pas par excès d’optimisme. Le réalisme, c’est de comprendre que nous n’avons pas le choix. Et partout dans le monde des femmes et des hommes embrassent notre cause, celle de la nature à défendre, celle des droits humains à garantir, celle de la démocratie à protéger. 
 
Le monde est multipolaire et nul ne peut prétendre en être le centre. Mais l’Europe est l’une des scènes où se joue l’avenir de la planète. Et que les écologistes y aient progressé de manière nette est un pas capital dans la marche pour un monde enfin meilleur pour chacune et chacun parce qu’il serait vivable pour toutes et tous.  
 
Je parlais au début de mon discours des raisons d’espérer.  Elles existent. 
 
Trois millions de française et de Français ont choisi l’écologie. Nous n’avions jamais récolté autant de voix. Je veux remercier ici l’équipe de campagne qui a rendu possible cette émergence par son imagination, son travail, son abnégation, sa créativité. Notre campagne fut belle, moderne et enthousiaste, que toute l’équipe en soit remerciée.  
 
Je veux aussi remercier mes colistières et colistiers qui ont mené campagne sous une mitraille constante et n’ont jamais baissé la tête. Au premier rang d’entre nous, Yannick Jadot a eu le courage de tenir le cap. Je le dis ici sans flatterie, et chacun sait que ce n’est pas le genre de la maison. Je parle dru. Quand nous ne sommes pas d’accord je n’hésite pas à l’exprimer. Alors je veux le remercier ici sans réserve et lui dire que la détermination mise au service du collectif est la plus belle des armes. J’entends tout faire pour que l’esprit de cette campagne perdure. 
 
Si nous avons une leçon à tirer de cette campagne, c’est que l’unité est notre talisman.
Rien ne nous a divisé. Et c’est ainsi que nous sommes redevenus audibles. Mille affluents doivent converger pour construire une dynamique politique : la mobilisation de la société fut constante et notre dynamique électorale doit beaucoup aux marches pour le climat et à l’affaire du siècle initiée par Marie Toussaint. Sans les militantes et les militants du mouvement climat, sans les jeunes, sans l’appel de Greta Thunberg, sans la vague citoyenne qui a réveillé notre pays, nous n’aurions pas réussi notre pari de faire émerger une écologie affranchie.
 
Mais sans l’esprit de responsabilité et d’unité rien de tout cela n’aurait suffi. C’est notre unité qui nous a permis de résister aux feuilletons des désertions depuis plusieurs années. C’est notre unité qui a rendu possible l’idée que nous pouvions résister aux envies d’embrigadement d’une sociale démocratie usée et à cours d’idées. C’est notre unité qui a ouvert un chemin là ou il n’y avait que des ronces et de la rocaille. 
 
Alors dans la période qui vient, je vous demande de la conserver. Elle est notre bien le plus précieux.
 
Nous avons des élections municipales à réussir. Il faut ancrer l’écologie politique dans les communes pour que le combat climatique engagé se mène à chaque échelon. 
 
Dans les semaines qui viennent nous ferons connaitre notre projet. Mais d’ores et déjà nos municipalités peuvent compter sur les écologistes quand il s’agit de lutter contre la pollution, de changer nos manières de consommer, d’habiter et de nous déplacer, de rendre les villes résilientes pour lutter contre les effets du dérèglement climatique en cours, de favoriser l’émergence de circuits courts, de réussir une ville intergénérationnelle et qui prenne  enfin en compte les questions de genre dans l’aménagement de l’espace urbain et des services aux personnes. 
 
A Bègles ou à Grenoble, nos maires mènent des politiques qui améliorent la vie des habitantes et des habitants tout en protégeant la planète. Nous nous avançons dans ces élections municipales avec l’ambition que les villes prennent le virage de l’écologie.
 
Nous savons qu’une fois encore c’est la société qui doit se mobiliser pour rendre possible l’émergence de maires vert•es dans le maximum de communes. Nous allons faire notre part du travail, en entendant l’appel qui nous a été adressé pendant la campagne. Nous avons le devoir d’être autonomes, ambitieux et pour autant rassembleurs.  Les électeurs et les électrices qui veulent nous rejoindre sont les bienvenu-es d’où qu’ils ou elles viennent. 
 
Nos alliés d’hier sont en miettes. Nous devons en tirer toutes les leçons. Apprendre de leur échec. Avec humilité et réalisme. Une page se tourne. Un cycle historique s’épuise. Pour la période qui vient, notre ligne ce n’est pas le ni droite ni gauche. Nous ne sommes ni ambigus ni ambidextre. 
Notre ligne c’est l’écologie affranchie. Affranchie des complexes. Affranchie des étiquettes.  Affranchie des vieilles cosmogonies. Nous savons qui nous sommes. Les millions de personnes qui nous ont fait confiance le savent aussi. 
 
Alors nous ne répondrons à aucune sommation de nous définir par autre chose que parce qui nous réunit : l’écologie. Nous n’avons pas vocation à refonder qui que ce soit. Notre rôle est de faire jaillir une énergie nouvelle pour transformer le champs politique par une offre inédite.  Nous sommes l’écologie affranchie.  C’est-à-dire l’écologie tranquillement radicale, l’écologie vigilante, l’écologie qui ne s’excuse plus de porter une autre vision du monde que les productivistes qui l’ont détruit avec un bel acharnement. 
 
Emmanuel Macron avait promis le changement.  Il incarne désormais le statu quo. Nous souhaitons que celles et ceux qui avaient placé leur espoir en lui se tournent désormais vers nous.  Notre projet est limpide : nous voulons le changement. Le vrai changement. Pas celui qu’on affiche dans les campagnes pour l’oublier une fois arrivé au pouvoir. Pas celui qui glorifie la rente et inhibe les entrepreneurs et les entrepreneuses. Pas celui qui donne à ceux qui on déjà les poches pleines au détriment de celle set ceux qui on les mains vides.  Celles et ceux qui ont longtemps voté socialiste avant d’être trahis, celles et ceux qui ont cru à la droite avant de comprendre qu’elle ne comprenait plus rien, celles et ceux qui se sont tournés en désespoir de cause vers Emmanuel Macron doivent savoir que seule l’écologie représente une proposition politique cohérente et crédible.
 
Nous sommes l’alternative. Nous avons vocation à assumer le leadership des idées et de la vision politique autour desquelles un rassemblement majoritaire peut se construire demain. L’écologie est la force propulsive de l’alternative. Nous devons donc construire le mouvement capable de porter une alliance large. C’est notre responsabilité historique. Nous n’avons pas le droit de nous dérober. Ni par sectarisme, ni par manque d’ambition.
 
Dans les dernières semaines de mon mandat, je compte y mettre toute mon énergie.
 
Permettez-moi justement d’ajouter un mot plus personnel. J’ai fait connaitre ma décision de ne pas me représenter comme secrétaire national. Il est bon pour nous que le pouvoir change de mains. Et il est bon pour moi que le fardeau change d’épaules.  Je veux dire ici la fierté qui a été la mienne d’exercer la mission que vous m’aviez confié.
 
Je souhaite cependant que nous nous rendions capables de changer profondément. Notre métamorphose est en cours. Je souhaite qu’elle se poursuive. 
 
Nous sommes devenus adultes, au terme d’une longue mue. Que l’âge des responsabilités nous rende accueillants, ouverts, que nous apprenions que notre parti ne nous appartient pas mais qu’il devienne l’outil dont se saisissent des millions de femmes et d’hommes pour améliorer leur vie. Les journées d’été devront monter que nous avons changés, et que les nouveaux verts sont à la hauteur de leur succès.
 
Ne soyons pas les gardiens du temple mais devenons les éclaireurs de l’avenir.
 
La question de la prise du pouvoir par les écologistes est désormais posée. C’est à nous qu’il revient de nous en montrer dignes. »
 
David Cormand.