Discours de David Cormand au Conseil fédéral des 15 et 16 mars
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Chères amies, chers amis,

Je monte à cette tribune avec la conviction que l’écologie entre dans un nouveau cycle.

Raison pour laquelle je ne m’attarderai guère ici à vous parler de l’écume du moment, constituée par les attaques portées contre nous par des forces qui prétendent agir pour le bien commun mais qui ont fait de la calomnie un art. Ni les attaques soudaines des amis de monsieur Macron, ni les élucubrations agressives d’un Jean-Luc Mélenchon qu’on a connu mieux inspiré ne méritent que nous y accordions une importance démesurée.

Retenez juste qu’après avoir été ignorés par la pensée hégémonique de la croissance aveugle et facile, moqués pendant des années parce que nous faisions de la question écologique l’enjeu déterminant de notre combat, après avoir été critiqués parce nous serions trop radicaux dans notre approche des enjeux environnementaux, nous voilà copiés de toute part.

Nous voilà désormais agonis par les avis définitifs des nouveaux convertis qui délivrent leurs doctes leçons avec toute l’arrogance des maîtres. J’admire la maestriaavec laquelle certains sont passés du green-bashing qui les a vu pilonner nos positions par leur acharnement productiviste au green-washing qui les amène à repeindre en vert leurs discours pour trouver une jouvence électorale.

C’est l’ordre des choses et je pense à la formule célèbre: « D’abord ils vous ignore, puis ils vous moquent, après ils vous combattent et enfin vous gagnez ».

La mémoire est un muscle politique précieux. J’appelle donc à se souvenir que, quand les uns étaient banquiers, que les autres étaient des ministres sociaux-démocrates dociles, que d’autre encore étaient davantage préoccupés par leurs cercles germanopratins que le cercle polaire, nous étions déjà au front de l’écologie.

Alors ma réponse tient en quelques mots simples : merci messieurs les donneurs de leçons de vous occuper de nous. Nous, nous nous occupons de sauver la planète.

Et nous ne le ferons pas avec des appareils dépassés, ni avec des polémiques stériles mais en nous mettant au diapason de la jeunesse du monde, qui vient de donner un nouveau souffle au mouvement écologiste en se mobilisant pour sauver le climat.

Merci à la génération climat de secouer les inerties, de bousculer les règles obsolètes d’un monde à l’agonie, de faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent l’ordre établi des choses.

Nous entendons votre message, votre exhortation. Nous voyons les lycées en grève. Nous voyons la jeunesse plurielle monter au front avec le cœur de celles et ceux qui n’ont ni le temps d’attendre, ni l’envie de céder, ni le droit de perdre.

Merci de refuser l’effondrement du vivant et de hâter l’effondrement d’un système inique qui exploite, pille, asservit, détruit et tue sans relâche, au nom d’un évangile de la compétitivité et du profit.

Merci aux femmes, jeunes et moins jeunes qui sont en première ligne, qui doivent batailler en même temps contre la persistance du patriarcat et contre la dévastation du vivant portée par un capitalisme prédateur.

Merci aux milliers de personnes qui se jettent dans la lutte parfois pour la première fois, avec une énergie magnifique et des banderoles dont la créativité et la singularité est remarquable.

L’imagination est notre arme. Nos adversaires ont longtemps pensé détenir le monopole de la force symbolique. Notamment armés de la puissance de propagande de la publicité, nos ennemis productivistes ont voulu imposer l’idée que la consommation effrénée était le stade ultime de l’épanouissement  individuel.

Ils ont généré frustration, haine de soi, dégoût des autres, en érigeant des normes qui sont autant de prisons pour l’esprit.

Mais voyez-vous, l’hégémonie de ce régime imaginaire touche à sa fin. L’imagination humaine est un oiseau qui jamais ne se laisse encager : toujours l’esprit s’envole et exige une transcendance.

Nous vivons ce point de basculement ou la montée des périls provoque un sursaut des consciences. Nous devons prendre toute notre part dans la construction d’un récit planétaire de la sauvegarde. Ce récit alternatif, cette narration d’un autre futur possible, nous lui donnons depuis des années le joli nom d’écologie.

Et bien l’écologie est en ébullition, en état de réinvention, de révolution. Nous sommes confrontés à l’immense défi de nous transformer nous-mêmes pour parvenir à remporter des victoires décisives.

De quoi notre écologie doit-elle être le nom ?

Notre écologie n’est pas prisonnière des cosmogonies anciennes.

Nous tenons l’écologie libérale pour un nouveau mensonge du capital et l’écologie administrée pour un mirage qui renforce in fine la puissance de la technocratie et donc des puissants.

Notre écologie est un enfant de bohème qui n’a jamais connu d’autres lois que celles de la nature. Notre écologie est une écologie sensible qui défend la biodiversité, les espèces animales et les paysages.

Nous sommes la nature qui se défend. Nous sommes les forêts qui bruissent, les océans qui s’agitent, les montagnes qui offrent leurs cimes au ciel.

Notre écologie ne sépare pas la question des droits humains et la question des droits de la nature : nous savons que lorsque que l’on ignore les uns, on écrase les autres. Raison pour laquelle, contrairement à d’autres, nous n’avons aucune complaisance envers les régimes autoritaires qui font peu de cas de la démocratie : les libertés fondamentales ne sont pas un ornement, elles sont le socle indépassable de notre vie en commun. Les défenseuses et les défenseurs de l’environnement qui payent de leurs vie le combat pour sauver la planète savent que dès lors qu’on considère qu’on peut faire des entorses à la liberté de défendre ses convictions démocratiquement, on se prépare des lendemains où les geôles se remplissent d’opposant·e·s, ou la liberté de la presse s’orne d’un ruban  de crêpe noir, et ou la nature est saccagée.

Notre écologie est inter-sectionnelle : elle ne trie pas entre les discriminations et ne reconnait aucune légitimité aux préjugés sexistes et racistes qui contribue à aggraver les maux du monde.

Notre écologie est populaire : elle œuvre pour que tout le monde se voit garantir le droit à un environnement de qualité. Elle refuse que les inégalités sociales perdurent et enferment nos destinées dans le cachot des déterminismes. Notre écologie sait que les plus pauvres ne demandent pas des leçons mais des allié·e·s qui les aident à s’émanciper de leur condition.

Notre écologie est une écologie qui refuse de se laisser réduire à une commode définition qui la rangerait à gauche parce que notre ambition n’est pas de rénover les logiciels anciens mais bel et bien de porter une nouvelle vision du monde qui permette de mobiliser massivement celle et ceux que la gauche et la droite ont trahis.

Notre écologie est une révolte contre les puissants, un bouclier contre le cynisme, un passeport pour l’espoir, une promesse de douceur. Oui, je veux réhabiliter le mot douceur en politique.  Et comme j’ai usé de métaphores guerrières tout au long de mon discours, je veux conclure en affirmant que notre écologie tient l’amour pour l’arme révolutionnaire la plus puissante.

Ce discours n’est pas un discours traditionnel. Je n’ai pas voulu revenir ici spécifiquement sur notre stratégie. Elle n’a pas varié. Ni sur notre programme, il est connu de vous. J’ai voulu dessiner les contours de la promesse qui doit être la nôtre si nous voulons peser sur le cours des choses. Ma conviction ,c’est que nous sommes à l’orée de grands bouleversements. Nous devons nous tenir prêtes et prêts. Engagés dans la campagne européenne aux côtés de Yannick Jadot, dont je salue la détermination, nous devons réussir.

J’entends celles et ceux qui nous disent que nous ne sommes pas conformes à leurs espérances, qu’il nous souhaiteraient plus forts, plus libres, plus ouverts, plus paritaires, plus divers. Je vous entends et je vous dis : ne nous laissez plus jamais seuls.

Rejoignons-nous. Prenez le pouvoir au sein d’Europe Écologie – Les Verts. Faites de notre vieille maison la maison commune de l’avenir. Les fondations sont solides. Rejoignons nous.