Notre vision du bilan 2017 de la ville de Bordeaux et sa gestion des enjeux climatiques : compte-rendu du Conseil Municipal du 4 juin 2018
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Compte Administratif du Maire pour l’exercice 2017 – votre contre.

Intervention de Pierre Hurmic

Ma première remarque concerne l’évolution du potentiel financier de notre ville. Il s’agit de l’élément de mesure de la richesse théorique d’une commune car il prend en compte l’ensemble des ressources stables d’une collectivité.

Concernant la ville de Bordeaux, ces ressources sont en baisse de 39.5 M€.
Donc la richesse théorique de notre commune est en baisse.

Ce n’est pas seulement lié à la baisse de la DGF (dotation de l’Etat) mais aussi à l’impact de la hausse des attributions de compensation en faveur de la métropole pour 61.6 M€ (47.4 M€ en fonctionnement et 14.2 M€ en investissement).

C’est un fait que la commune pèse de moins en moins à l’intérieur d’une Métropole qui, elle, voit ses domaines d’intervention grandir.

Nous ne sommes pas hostiles à cette métropolisation mais déplorons sa gouvernance si peu démocratique avec un mode d’élection indirect des élus métropolitains, et une cuisine de cogestion entre maires datant des années 60, celles des tout débuts de l’intercommunalité urbaine.

Ma deuxième remarque porte sur la baisse de la dette globale et par habitant, dont vous vous vantez, mais qui est essentiellement due au transfert du stade Matmut à la métropole qui a induit le transfert de l’emprunt afférent.

En transférant au 1er janvier 2017 à Bordeaux métropole les 119 millions d’€ de la dette liée au grand stade, soit 35 % de la dette municipale, vous avez allégé cette dernière de presque la moitié. Quelle aubaine pour apprécier la dette qui pèse sur les finances de la Ville !

Ma troisième remarque concerne les grands équilibres budgétaires et la synthèse des résultats.
On constate un taux de réalisation pour la section de fonctionnement qui n’est pas bon (88.6%), et pour la section d’investissement qui s’améliore, mais qui est encore à 68%, ce qui signifie que 32% des dépenses d’investissement initialement prévues n’ont pas été réalisées, plus précisément 37 M€ de crédits d’investissements ont été annulés et 28 M€ restent à réaliser.

Ce qui induit la question suivante : le recours à l’emprunt de 59.6M€ en 2017 était-il nécessaire, ou du moins devait-il être aussi important ?

J’en viens maintenant aux différentes politiques publiques (et ma collègue Delphine Jamet complètera nos commentaires).

Ce qui me frappe le plus, c’est le décalage entre vos analyses et ce que l’on peut légitimement considérer comme des priorités oubliées ou négligées.

– Votre politique du logement. Vous avez répondu à notre question en commission qu’en 2017, 1 516 logements ont été mis en ventes (chiffres OISO) dont 210 à prix maîtrisés (< 3000€/m2), soit 13.8% du total.

On est encore bien loin d’une politique de promotion du foncier à prix maîtrisé tel que présentée récemment en conférence de presse par le président de la Métropole. Même Mr Ferrasse, président des promoteurs immobiliers d’Aquitaine, estimait récemment que le ratio de logement à prix modéré devait être de 25%. On est à 13.8 %.

Faut-il rappeler qu’en 2015 seulement 1/3 des ménages de l’agglomération pouvait s’offrir un T3 de 70 m2 à 2 500 €/ m2, niveau qui correspondait à l’époque pour les promoteurs et les collectivités au coût de l’accession abordable.

Aujourd’hui le niveau est passé à 3 000 € après négociations avec les promoteurs, mais quelle proportion des ménages peut s’offrir un logement à ce prix ?

Vous vous félicitez du succès de certaines réalisations immobilières.

– Le quartier des Bassins à flot est-il un succès urbain ?

Ce n’est pas l’écoquartier initialement annoncé. Il est plus exactement un bon réceptacle à îlots de chaleur : murs sombres, espaces verts rares notamment…

Par ailleurs, des appartements sont vendus à + de 5 000 € du m2.

C’est aussi un programme porté à 90 % par des investisseurs type Loi Pinel.
Faut-il continuer à encourager ici à Bordeaux ces produits de défiscalisation ?

Même si leur proportion diminue très légèrement, nous étions à des taux supérieurs à la moyenne nationale.

Selon un rapport récent de la Cour des Comptes, ces produits de défiscalisation ne sont pas la bonne réponse aux problèmes de logement : seulement un logement aidé sur trois a été construit dans des zones « très tendues »

De plus, c’est aussi une solution onéreuse pour les finances publiques : un logement bénéficiant de l’avantage Pinel – d’une valeur moyenne de 190 000 € – coûte chaque année trois fois plus aux finances publiques qu’un logement social comparable.
Au moment où notre ville continue à accuser un déficit de logements sociaux, ne faut-il pas revoir nos priorités ?

Quand je parle de décalage entre vos priorités et quelques impératifs urbains contemporains, je me dois d’évoquer votre indifférence manifeste aux impératifs climatiques.

Vous réussissez l’exploit de nous présenter votre exercice 2017, en 600 pages sans citer une seule fois le mot « climat » ou même le mot « écologie ».

Comment pouvez-vous être, à ce point, réfractaires, ou tout au moins, éloignés de l’intégration des enjeux climatiques aux politiques urbaines ?

Et surtout, évitez de me répondre comme vous l’avez déjà fait, qu’il s’agit d’une compétence transférée à la Métropole, comme si un transfert, en l’occurrence très partiel, vous dispensait, de fait, d’intégrer cette préoccupation dans l’ensemble de vos politiques.

Par ailleurs, votre argument est d’autant moins recevable que la Ville continue à financer des politiques transférées à Bordeaux Métropole.

Le développement économique, par exemple, est une compétence métropolitaine, cela empêche-t-il la Ville d’investir dans ce domaine ? Certainement pas.

Nous avons dépensé en 2017, au titre du développement économique, de compétence métropolitaine : 1.56 millions d’euros.

Pour le développement durable, nous avons dépensé : 67 000 €, soit 3.8% du budget développement économique.

Comment pouvez-vous bâtir un rapport d’activité sans même mentionner le développement durable comme objectif ?

Alors pour terminer, je m’adresserai à vous, Mme Virginie Calmels.

Vous aviez clairement indiqué votre implication à veiller « à ce que Bordeaux projette une image de Métropole « business friendly ». Expression qui traduirait votre graal.

Je ne sais si vous considérez y être arrivée.

Ne pensez-vous pas qu’il serait temps de veiller à projeter une image de « Métropole « climate friendly » ?

Nous voterons contre ce Compte Administratif 2017

 

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