Eau du robinet : Alerte au perchlorate d’ammonium sur la Communauté Urbaine de Bordeaux
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Lors de la Commission locale de l’Eau du 11 Juillet dernier, une information a été donnée aux membres de la Commission Locale de l’Eau, élus et associations, sur la pollution au perchlorate d’ammonium détectée dans la galerie de Caupian puis aux sources de Gamarde, du Thil et à Cantinole entraînant l’arrêt d’exploitation de près de 25 % des ressources en eau potable de la CUB.

Elle émanerait de l’ancienne poudrerie SNPE (aujourd’hui SME en cours de cession au groupe privé Safran) où le perchlorate d’ammonium est utilisé depuis plus d’un siècle (missiles, carburant, fusées et aujourd’hui airbags). Cette pollution durerait depuis plusieurs années.

Cette substance difficile à éliminer, a un impact sur la santé car elle peut inhiber l’assimilation de l’iode, par la glande thyroïde entraînant une hypothyroïdie. S’il n’existait pas de limite de qualité jusqu’alors, une norme devrait être édictée dans les prochains jours par le Ministère de la santé.

EELV a tenu une conférence de presse le mardi 19 juillet en présence de Stéphane Saubusse, Secrétaire Régional d’EELV Aquitaine, Gérard Chausset, Vice-Président de la Communauté Urbaine, Michel Daverat, Conseiller Régional EELV et Xavier Lhomme, EELV Saint-Médard en Jalles.

Lors de la Commission locale de l’Eau du 11 Juillet 2011, une information a été donnée aux membres de la CLE, élus et associations, sur la pollution au perchlorate d’ammonium détectée dans la galerie de Caupian puis aux sources de Gamarde, du Thil et à Cantinole entraînant l’arrêt d’exploitation de près de 25 % des ressources en eau de la CUB.

Le perchlorate d’ammonium est difficilement détectable et encore plus difficile à éliminer. On le trouve dans des quantités importantes dans certains captages, jusqu’à 30 microgrammes par litre, alors qu’il est conseillé de ne pas dépasser les doses de 1 à 4 microgramme pour la préparation des biberons. Le ministère de la santé va fixer un taux admissible de cette substance dans les prochains jours qui devrait être de 15 µg/l1 pour les adultes et 1 ou 4 µg/l pour les nourrissons.

 Une réunion exceptionnelle de la CLE sur le sujet aura lieu le 21 juillet à 14h30.

1- Impact sur l’alimentation en eau potable et les prélèvements

Le représentant de la CUB a fait état d’une réunion d’urgence qui s’est tenue le 1er juillet 2011 à la préfecture, ou des mesures d’urgence ont été prises  pour garantir une contamination ne dépassant pas 4 microgramme par litre à partir du 5 juillet 2011.

Il a été décidé l’arrêt ou la réduction des pompages des sites de captage suivants :

  • Arrêt de la Galerie de Caupian

  • Arrêt de la Galerie de Gamarde

  • Arrêt du puits à drain de Gamarde

  • Arrêt de Bussac

  • Arrêt de Cantinolle Source et réduction sur 3 autres forages.

L’ensemble de ces dispositions représente l’arrêt d’exploitation de 25% de la ressource en eau de la CUBcompensé par de plus importants prélèvements à l’Eocène.

Il n’existe pas d’autre solution que la dilution ou l’osmose inverse utilisée pour dessaler l’eau de mer mais qui a l’inconvénient d’éliminer les sels minéraux.

2- Impact sur la santé et l’environnement

Effets chroniques potentiels :

Le perchlorate d’ammonium inhibe l’assimilation de l’iode par la glande thyroïde et peut entraîner une hypothyroïdie.

3- Propositions d’Europe Ecologie – Les Verts

Si aujourd’hui des précautions et des mesures sanitaires ont été prises, un certain nombre de questions se posent :

  • Pourquoi les contrôles nécessaires n’ont-ils pas été réalisés sur ce site militaire classé ou la manipulation de produits dangereux et toxiques est un fait établi ?

Y a-t-il eu des négligences sur les contrôles ?

  • Quelles sont les conséquences sur le milieu naturel, y a-t-il d’autres pollutions des sols ailleurs provenant de ce site avec d’autres produits dangereux ?

Demande du groupe EELV :

  • Sans provoquer de panique inutile, EELV demande qu’une information à la population soit faite sur ce qui se passe réellement, sur les mesures sanitaires prises ou à venir et les recommandations faites aux particuliers, notamment pour les nourrissons,

  • Qu’une expertise environnementale de la zone et des milieux naturels soit diligentée par les services de l’Etat sous le contrôle de la CLE,

  • Que des suites judiciaires soient engagées par la CUB à l’encontre des responsables,

  • Les élus d’EELV demandent au Préfet d’engager sans délai le contrôle de tous les sites classés dangereux manipulant des produits toxiques sur la CUB,

  • Que l’on fixe les doses admissibles au plus bas, selon le principe de précaution (cf étude américaine p5).

5-Informations complémentaires

5.1 Rappel de l’historique (source BASOL et ARS)

Découverte de Trichloréthylène sur le site du groupe SNPE à St Médard en Jalles

En décembre 2001, dans le cadre de la mise en place de 8 piézomètres pour les besoins de l’évaluation simplifiée des risques (ESR), les analyses de l’eau de la nappe révèlent la présence de Trichloréthylène (TCE) en concentration importante.

Les études réalisées en 2002 montrent que la source provient d’un atelier manipulant des cuves de TCE autour duquel ce produit aurait été déversé en mélange avec les eaux de pluie à raison de 200 litres environ pendant une trentaine d’années.

Le site de 427 ha, occupé conjointement par les sociétés SME Matériaux Energétiques- Groupe SNPE – et Roxel, couvre l’emplacement de la poudrerie créée en 1660. Il fabrique des poudres et compositions pyrotechniques destinées à des systèmes d’armes et de moteurs, ainsi qu’aux systèmes d’airbag des véhicules.
Ces fabrications utilisent des
poudres homogènes à base de nitrocellulose et de nitroglycérine, ou des poudres composites à base de perchlorates d’ammonium.

Actions réalisées : Dépollution des sols et mise en place de servitudes

Des analyses réalisées fin juin 2011 ont montré la présence de perchlorate d’ammonium dans l’eau potable

Il y a donc plusieurs niveaux de pollutions : celle détectée depuis 30 ans environ aux solvants chlorés comme le trichloréthylène qui peuvent être facilement décontaminés
(avec du simple charbon actif) et qui a déjà fait l’objet de mesures de dépollution et la pollution au Perchlorate d’ammonium découverte fin juin.

Pour information, une pollution au perchlorate d’ammonium a été découverte sur un autre site du groupe SNPE à Toulouse en janvier 2011 avec diffusion dans les eaux de la Garonne et l’eau potable.

Le groupe SNPE a attaqué l’arrêté préfectoral visant à informer la population et résorber la pollution. En effet, aucun texte officiel n’indique de seuil à ne pas dépasser.
http://www.ladepeche.fr/article/2011/01/28/1000589-Des-rejets-toxiques-dans-la-Garonne.html

 

5.2 Pollution aux U.S.A. :

Une étude récente a montré que plus de la moitié de la dose maximale en perchlorate recommandée par l’EPA est atteinte chaque jour par les Américains suite à la consommation de fruits et légumes. En effet, le perchlorate d’ammonium se concentre dans les plantes. ]À ce nombre s’ajoutent les perchlorates présents dans l’eau consommée d’où l’ampleur de la problématique. En effet, plusieurs sites d’approvisionnement en eau potable aux États-Unis ont été rapportés comme ayant des concentrations en perchlorate plus importantes que 18 ppb.

Il n’y a toutefois pas encore de dose maximale admise en perchlorate dans l’eau potable pour l’ensemble des États-Unis, chaque état étant libre de faire la régulation qu’il veut en tenant ou non des recommandations de l’EPA.
Cependant une étude a défini deux taux admissibles dans l’eau potable, par rapport à la santé humaine, avec une hypothèse basse et une hypothèse haute :

– pour une dose admissible de 7 x10-5/mg/kg/jour, la concentration dans l’eau potable ne devrait pas dépasser 0.49 µg/litre pour un adulte et 0.44 µg/litre pour un enfant.
– pour une dose admissible de 2.3 x10-4 mg/kg/j la concentration ne devrait pas dépasser 1.6 µg /litre pour un adulte et 1.4 µg/l pour un enfant.

1 Microgramme

Le courrier que le groupe EELV de la CUB vient d’adresser au préfet est disponible ici

L’intégralité de la conférence de presse est visible ci-dessous (30′) :

Conférence de Presse : Alerte au perchlorate… par Europe-Ecologie-Aquitaine

Jeudi 21 juillet Gérard Chausset réagit aux propos du Préfet de Gironde selon lesquels l’eau du robinet est dans les seuils.

Eau du robinet : Alerte au perchlorate… par Europe-Ecologie-Aquitaine

 

COMMUNIQUE DE PRESSE DU VENDREDI 22 JUILLET 2011

             Pollution industrielle : se boucher les oreilles n’a jamais empêché le bruit !

Rappel des évènements

En révélant publiquement la pollution des eaux de la CUB au perchlorate d’ammonium, les élus écologistes ont été dans leur rôle, responsables et lanceurs d’alertes.

Cela a amené des prises de position rapides et claires de la part des principaux acteurs publics et privés :

Mercredi 20 juillet, le Vice Président de la Communauté urbaine et son Délégataire, la Lyonnaise des Eaux, ont apporté un certain nombre d’informations, notamment  sur les mesures prises pour assurer la potabilité de l’eau dès la connaissance de la pollution.

Jeudi 21 juillet, par conférence de presse,  le Préfet à fait part des mesures mises en oeuvre : arrêté préfectoral à l’encontre de la SME avec injonction de traiter la totalité de ces rejets dont 20 % se déversent encore dans les Jalles et dépollution du site.

L’ANSES a publié un avis en fixant un seuil de 15 microgrammes par litre, et déconseille de donner de l’eau « perchlorée » aux nourrissons de moins de 6 mois. Pourtant la norme américaine[1]a fixé un seuil à 6 mcg/l pour tous, ce qui pose la question d’un seuil suffisamment bas en France.

Passées les précautions d’urgence, cette pollution soulève des questions

 Si la CUB a pris des mesures de précautions dès la connaissance de la pollution, il reste de nombreux problèmes soulevés par ce dossier :

 §     L’exposition de la population à ce polluant, pendant combien de temps ? à quel taux ? Quelles

   conséquences éventuelles ? Une étude épidémiologique sera nécessaire pour évaluer les conséquences réelles sur le plan sanitaire.

  • La difficulté à dépolluer les différents sites de captage, sûrement plusieurs années, à un coût qui reste inconnu et dont la prise en charge doit être définie,
  • Les suites judiciaires de ce dossier pour négligence…
  • Le rôle de l’Etat et de ces services sensés contrôler ces installations classées appartenant à l’Etat,
  • Le manque de transparence globale sur les activités militaires et aérospatiales mais aussi la difficulté à informer la population sur les problèmes de pollution.
  • Qu’en est-il des autres polluants ?
Nous serons vigilants

Comme nous l’avions demandé dès le 19 Juillet, le Préfet a annoncé un diagnostic de l’ensemble de la zone urbaine, car il faut rappeler le nombre important d’industries polluantes implantées dans le secteur Ouest de l’agglomération. Cette demande a été confirmée lors de la Commission Locale de l’Eau du 21 juillet et les services de l’Etat se sont engagés à présenter un état des lieux avant la fin de l’année.